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LE CABARET SAUVAGE

Almost Here, le dernier concert
by Laurence Boisnard
*Le Cabaret Sauvage est un chapiteau posé
au bord du canal en face du Zénith dans le Parc de la Villette.
Le temps de traverser le parc et il est 18h15. Bonne coordination pour
un rendez-vous à 18h30 avec Nigel pour une interview. La porte d'entrée
de la salle est fermée et personne n'a la clé. Comment le
public va entrer plus tard ? J'attends donc quelques minutes avant d'être
conduite derrière le chapiteau dans les coulisses qui sont en fait
une baraque de chantier aménagée. Nigel m'accueille. Il est
un peu réservé mais souriant et aimable, et pas très
grand. Il porte son éternel bonnet.
Il l'enlève une fois à l'intérieur
et m'invite à m'asseoir dans le coin d'une grande table recouverte
d'une toile cirée. Je n'ai droit qu'à vingt minutes. Je sors
le matériel : l'enregistreur et le carnet où les questions
"longuement muries" sont scrupuleusement notées. Je ne manque pas
de remercier Nigel pour cette interview, et celle-ci peut commencer. Nigel
est disert et ne se déparera pas de son sourire aimable, bien qu'il
semble être fatigué. Pendant quelques temps au début,
j'aperçois dans mon champ de vision Andy vaquant à ses occupations
dans une pièce voisine. La liste des questions touche à sa
fin quand le temps imparti se termine lui aussi. Nigel se lève et
m'attends le temps que je range mes affaires. Un dernier remerciement et
une poignée de main pour prendre congé de lui, et me voilà
à l'entrée prête pour cette soirée qui commence
si bien. * 19h15, on nous laisse déjà entrer pour un début
de concert à 20 heures selon ce qui est inscrit sur le billet. La
salle du Cabaret Sauvage est superbe. L'intérieur est tout en boiseries,
miroirs et vitraux. Le centre est occupé par une piste ronde en
parquet, elle-même entourée de deux petites estrades où
se trouvent des tables. La salle, ronde, n'est pas vraiment faite pour
les concerts. La petite scène occupe une partie des estrades, laissant
une large place pour le public.
A 19h40, surprise, les lumières s'éteignent
déjà et Statics entre en scène, et de ce fait devant
malheureusement une salle à moitié vide. Statics est uneseule
personne : le chanteur, jouant aussi de la guitare accoustique, mais il
est acompagné d'une violoncelliste et d'un bassiste et/ou clavier.
Pop française interressante, la musique de Statics plait au public.
Surtout que le chanteur ne manque pas de discuter entre les chansons. A
un moment, il explique que sa mère ne croit pas qu'il est musicien
et il prend donc chaque soir une photo du public.
Ce qu'il fait. Lors des applaudissements à
la fin de son passage, il demandera au public d'arrêter car il y
a un autre groupe ensuite, et que on a pas que ça à faire...
* L'autre groupe, c'est bien sur Unbelievable Truth. Ils entreront sur
scène, Jason en tête, vers 20h30 pour n'en sortir que vers
22 heures ! Ce qui se remarque d'emblée, et ce qui se confirmera
tout au long du concert, c'est la différence de réaction
du public entre le concert du Café de la Danse, il y a environ six
mois, et celui de ce soir. En juin dernier, c'était la curiosité
qui dominait. Soit on était venu voir le groupe du petit frère
du chanteur de Radiohead, soit on avait aimé l'album mais on voulait
voir ce que donnait le groupe sur scène. Aujourd'hui, c'est la confirmation.
Unbelievable Truth a trouvé son public. Et on vient les voir pour
ce qu'ils sont, parce que l'on sait que l'on va trouver du plaisir à
les écouter sur scène. Pour preuve, Ils auront droit à
une ovation en règle avant le premier rappel : applaudissements
très fournis et piétinements en cadence faisant résonner
le plancher.
Et même quelques couplets chantés sur
"Solved", la première chanson du rappel. * Mais au début
du concert Andy est un peu dissipé et tout sourire. Un rien semble
l'amuser, ses "erreurs", la réaction du public ou quelques pensées
intimes. Après quelques chansons, il demandera "Ca va ?" avant de
continuer brièvement en anglais à la grande déception
amusée du public. Ce qui aura pour effet de faire franchement rire
Andy. Puis au fur et à mesure que le concert avancera, il se concentrera
et devienda sérieux. Jason est toujours aussi étonnant. On
se demande parfois si il est avec nous. Et pourtant, il doit l'être
car il assure avec brio sa partie. Il est dit que certains érudits
boudhistes pratiquants des techniques avancées sont capables de
quitter leurs corps et de voyager. Jason en est l'exemple parfait. Ayant
même parfois besoin d'un certain temps avant de revenir sur terre,
sur scène. Jim était de l'autre côté de la scène
et je n'ai pas pu bien le voir. Mais l'image qu'il reste de Jim dans son
pull beige, et après quelques mots échangés après
le concert, est celle d'un gros nounours adorable qui sait très
ben jouer de la guitare. Nigel semblait encore un peu fatigué, et
peut-être un peu triste. Mais tous ont assuré un superbe concert.
* Les chansons étaient enchainées mais parfois il y avait
quelques commentaires, souvent de Nigel, et souvent en français,
car il s'efforçait de le parler.
"C'est la dernière fois que cette chanson
est jouée" pour Tyre Tracks. "Pour la première fois une nouvelle
chanson" pour Mayflower, de Mark Mulcahy. Superbe. Andy met beaucoup de
conviction pour chanter cette chanson. Peut-être parce qu'il a trop
souvent chanté les autres. A la fin de Mayflower, il se retournera
en souriant vers Nigel, content de son effet. Le concert est long ce soir,
mais qui s'en plaindrait ? Solved, puis Shed Your Skin sont joués
en rappel. Puis ce sera bien sur Almost Here. Mais avant Nigel veut s'exprimer.
Et en Français. Alors il lit un papier pour s'aider. "C'est le dernier
concert pour Almost Here", "Nous sommes contents que ce soit à Paris",
suivis par des remerciements. Le public applaudit vivement à cet
effort. Mais Nigel doit continuer en anglais. Il remercie Jim, qui s'était
assis par terre sur la scène pour se reposer, l'équipe de
la tournée, les organisateurs, un peu tout le monde, mais toujours
en citant les noms. Tout cela sous les applaudissements, y compris ceux
de Andy qui attend, décontracté, devant le micro. * Pour
terminer, ce sera le toujours poignant Almost Here.
Tout la salle est suspendue dans un silence parfait
à la voix de Andy et aux notes égrénées par
Nigel sur le clavier. A peine la chanson terminée, Andy se dirige
vers les coulisses mais Nigel l'arrête. Après quelques mots
échangés, ils reviennent tous les quatres sur scène.
Ils se donnent l'accolade sous les applaudissements du public, puis saluent
comme au théâtre, puis sortent. C'est terminé. Les
lumières se rallument et les accents tristes de l'harmonica de "Macadam
Cowboy" se font entendre.
....
Untruth © IndyRock © Laurence Boisnard
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